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Théâtres

Le Figaro – Lundi 28 janvier 1867

BOUFFES-PARISIENS

Si quelqu’un est arrivé hier soir aux Bouffes sans parti-pris, c’est bien le journaliste qui écrit ces lignes. Nous sommes obligé d’avouer sans honte, cependant, que nous ne connaissons mademoiselle Cora Pearl que comme amazone ; jamais son accent britannique n’avait frappé nos oreilles.

A cheval, mademoiselle Pearl appartient à M. Eugène Chapus.

Sur les planches, elle relève de la presse, et la presse va enfin pouvoir dire son mot sur cette célébrité demi-mondaine sans être accusée de remuer la vie privée.

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Eh bien ! nous ne jetterons pas, nous, la première pierre à cette débutante. Nous ne lui jetterons pas non plus toutes les fleurs d’Isabelle : cela regarde ses amis.

Mademoiselle Cora avait une peur horrible quand elle est entrée en scène.

Elle a dû, à ce moment-là, éprouver une des plus fortes commotions de sa vie, car elle a chanté : Je suis Cupidon… en fermant les yeux. On devinait qu’il y avait un nuage devant son regard, et que son cœur faisait tic-tac à briser son corset.

Pour encourager la timide jeune fille, on a crié bis. Mademoiselle Pearl a recommencé son air et l’a dit avec un peu plus d’aplomb. On a applaudi de bon cœur encore, mais on a ri de même, à cause de certain geste plein de gaucherie que son bras droit répétait sans cesse. Pourtant, cette gaucherie avait je ne sais quel charme ; de la part de mademoiselle Cora, on aimait mieux ça qu’une effronterie cynique.

Après cet acte, la débutante a reçu dans sa loge plusieurs petits billets où ses amis et amies lui disaient « Courage ! ça va bien… n’aie pas peur… » On était venu pour blaguer, et l’on devenait sérieux.

Le fait est que mademoiselle Pearl n’a pas d’engagement aux Bouffes ; si quelque démonstration trop stridente s’était produite, elle pouvait quitter la scène, rentrer dans sa loge se déshabiller, reprendre sa robe de soie et le chemin de son hôtel.

En somme, malgré son léger accent, il est fort curieux de voir l’amazone de M. Chapus jouer la comédie et chanter l’opérette. Bien des demoiselles qui ont aujourd’hui leur situation faite au théâtre ont commencé plus mal.

Madame Ugalde a mis une voix des plus chaudes au service de tout le premier acte. On ne peut pas chanter avec plus de goût et d’âme.

Les autres rôles sont joués par une pléiade de jolies femmes, mesdemoiselles Baron, Ribeaucourt, Castello, etc.

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La salle était merveilleusement composée. De longtemps on ne verra un début exciter tant de curiosité – je ne dis pas d’intérêt.

Habits noirs et gants blancs, rien que cela, côté des hommes. Dentelles et diamants, pas autre chose, côté des dames.

On remarquait MM. Davilliers, le comte de Laferrière, le marquis de Caux, Piétri, Desvarannes, Hallez-Claparède, de Gontaut-Biron, Paul Daru, Biesta, de Caumont-Laforce, de Mourgues, de Kergorlay, de Castelbajac, Blount, Saint-Priest, Espeletta, le prince de Sagan, Camille Doucet, Emile Augier, Auguste Vacquerie, Ernest André, de Modène, Troubetskoï, Khalil-bey, Mustapha-Pacha, de Cossé-Brissac, le duc de Rivoli, Narischkine, la prince Achille Murat, Nigra, le duc de
Mouchy, le duc de Hamilton, etc.… ;

Mesdames Barucci, Léonide Leblanc, Colombier, Silly, Massin, Paurelle, Jeanne-Andrée, Caroline Letessier, Emilie Williams, Esther Guimon, Thérésa, Quéniaux, Dameron, Emma Vally, de Rovray, Hélène Loyé, Gabrielle Merry, Kid, Constance et Armande Resuche, etc.

PETITES NOUVELLES

Mademoiselle de Géraudon, qui vient de remplacer dans la Vie parisienne mademoiselle Honorine indisposée, a été, pendant deux ou trois soirs, l’objet d’un chut, d’un seul chut, lorsqu’elle achève la lecture de la lettre de Métella.

On a cru à une rivalité mesquine d’une camarade, à une jalousie ridicule. Une lettre anonyme, reçue par mademoiselle de Géraudon, avait même prévenu celle-ci qu’elle eût à se tenir sur ses gardes.

Le meilleur moyen de couper court à tout cela, c’était de se faire applaudir par le vrai public : c’est ce qu’a fait la jolie pensionnaire du Palais-Royal.

Jules Valentin.

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