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Courrier des théâtres

Le Figaro – Mercredi 24 janvier 1872

Notre collaborateur Bénédict, dans son compte-rendu du Roi Carotte, vous a signalé les morceaux qui ont obtenu le plus de succès. C’est à nous qu’il appartient maintenant de citer quelques-uns des couplets et des rondeaux à effet.

Voici d’abord les couplets que Zulma Bouffar chante si bien qu’on les bisse chaque soir, au moment où Robin-Luron, Pipertrunck et Rosée-du-Soir s’introduisent dans le palais costumés en colporteurs persans :

I.

Nous venons
Du fin fond de la Perse,
Nous faisons
Un très-joli commerce !
Nous vendons
Ces objets de toilette,
Nous tenons
Parfums et cassolettes !

Nœuds, festons
Et galons,
Gais costumes,
Frêles plumes,
Fleurs, bouquets,
Bracelets
Et breloques.
Fraîches toques,
Baumes, fards
Et brocards,
Larges voiles.
Fines toiles,
Talismans,
Diamants,
Aromates.
Fausses nattes,
Tous objets,
Tous secrets,
Que réclame
Fille ou femme,
Pour qu’aux feux
De ses yeux
On s’enflamme…

Nous les avons
En savons,
En bonbons,
En flacons !

Achetez !
Pour charmer,
Transformer,
Désarmer
Les Beautés !…

Nous venons, etc.

II

Ce bijou
Mis au cou
D’une prude
Sèche et rude,
L’excitant
A l’instant,
Sait la rendre
Douce et tendre !
Êtes-vous
Très-jaloux
De vos belles ?…
Ces jumelles
Vous font voir
Si le soir
Les traîtresses
Vous font pièces !…
Tous objets,
Tous secrets,
Dont on use,
Toute ruse
Dont l’amour
Chaque jour
Nous abuse…

Nous les avons
En savons,
En flacons,
En bonbons !

Achetez,
Pour masquer,
Mastiquer,
Fabriquer
Les beautés !…

Nous venons, etc.

Hélas ! que ne pouvons-nous donner la musique en même temps que ces paroles ! Mais vous avez la ressource d’aller l’entendre tous les soirs.

___

Décidément, M. Sardou s’est fait une ennemie.

Mademoiselle Mariani nous écrit :

Monsieur le Rédacteur,

Vous avez été mal renseigné au sujet du vase charmant qui orne ma tête au premier acte du Roi Carotte : car le truc a très bien marché à la première et à la deuxième représentation. Ce n’est qu’à la troisième (et il n’y avait pas de mauvaise volonté chez moi) que le truc a raté, puisque M. Offenbach et le régisseur qui se trouvaient dans la coulisse, n’ont pu eux-mêmes obtenir le gracieux résultat qui le caractérise. Je n’y ai mis, je vous assure, aucune coquetterie : car j’étais dans mon droit de ne pas l’accepter tout d’abord.

Si je me suis laissée aller à un moment de dépit, c’était pour la manière toute polie dont M. Sardou m’en avait fait faire l’observation par une lettre toute enfantine, me menaçant du bonnet d’âne et de la langue rouge si je n’obéissait pas à sa ferme volonté.

Je ne vous remercie par moins, etc.

E. MARIANI.

Jules Prével.

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