Par date

Déplacements et villégiature

Le Figaro – Vendredi 3 mai 1872

(…) A Pouillac, le Sindh était à l’ancre, je montai à bord et je fus émerveille de l’aménagement de ce navire où toutes les conditions de confort sont réunies pour faire supporter la fatigue d’une traversée
d’un mois.

Je visitai les cabines à deux lits, la salle à manger, les cuisines, les abattoirs, si l’on peut appeler ainsi une partie du pont où sont remisés des bœufs, des veaux, des moutons et des poules, destinés à être mangés pendant le trajet.

C’est admirablement entendu.

Mademoiselle Zulma Bouffar était au nombre des voyageurs ; elle se rendait a Rio, où elle a signé un engagement de trois mois avec M. Mallet, directeur du Théâtre-Français.

A ce propos, je signale un fait dont les artistes qu’on expédie au Brésil feront de bien de tirer profit.

Le correspondant qui avait conclu l’engagement de mademoiselle Bouffar lui, avait garanti son passage en premières mais il avait écrit en premières de l’avant, ce qui équivaut aux secondes, où l’on est
très mal installé.

Quand mademoiselle Bouffar se plaignit de ce procédé au commandant du navire celui-ci lui répondit :

– Pourquoi ne faites-vous pas attention, vous autres artistes français ? on vous trompe toujours de la même façon.

Parmi les passagers, il s’en trouvait de gais et de tristes. Aussitôt le pied posé sur le navire, une douzaine de jeunes Portugaises de 16 à 18 ans, avaient couru au piano, et sans perdre une minute avaient
improvisé un bal aux accords du répertoire d’Offenbach.

D’autres quittaient leurs familles et pleuraient. Un coup de cloche retentit : parents et amis furent obligés de remonter sur le vapeur au moment où le Sindh allait prendre la mer. Les mouchoirs s’agitaient ; on se faisait de longs adieux ; les femmes et les enfants se disaient : Reverrons-nous ceux que nous aimons ! et les émigrants murmuraient : Dieu permettra-t-il qu’un jour nos foyers redeviennent français.

Robert Milton.

Par date
Rechercher
Partager