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Saint Jacques

Le Figaro – Dimanche 30 avril 1865

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3. Saint Jacques, de Nisibe, dégoûté du monde aussitôt qu’il le connut, chercha son salut dans la retraite et embrassa la vie solitaire des anachorètes.

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PRATIQUE. – L’esprit du monde nous porte à nous produire et à nous faire connaître. L’esprit de Dieu nous fait aimer à être cachés et inconnus.

La simple lecture de ces trois lignes si précises dans leur affirmation, n’évoque-t-elle pas aussitôt les noms de deux Jacques, évidemment poussés par l’esprit du monde, s’il faut en juger par le bruit que tous deux ont déjà fait sur la terre, sans préjudice de celui qu’aujourd’hui même, le plus grand – Jacques Meyerbeer – fait encore, bien que la mort l’ait débarrassé du fardeau des biens périssables dont il faut croire que désormais il est tout à fait détaché.

Et Jacques le petit – Offenbach – que nous devons qualifier ainsi pour distinguer le talent du génie, n’a-t-il pas fait déjà suffisamment de tapage ? et toutes ses excentricités musicales, et toutes ses jovialités lyriques ne sont-elles pas là pour prouver que sa disposition constante n’est autre que de se produire et de se faire connaître ?

Au lieu d’aimer à se cacher et à demeurer inconnu, l’illustre auteur de l’Africaine, emplissait les quatre parties du monde de sa personnalité artistique, et de peur qu’elle ne se produisît pas suffisamment d’elle-même, il faisait emboucher par des héraults [1] dévoués les trompettes françaises, allemandes, italiennes, anglaises, espagnoles, portugaises, etc., de sorte qu’il ne s’écoulait pas une heure dans l’Univers entier où le nom de Jacques Meyerbeer ne fût au moins une fois prononcé, – avec accompagnement de presse ophicléide.

Mais pour lui-même et son co-Jacques absent, Offenbach répondra peut-être :

Quelle querelle me cherches-tu là ? Ne sommes-nous pas des enfants d’Israël ? Et ce qui est l’esprit de Dieu suivant saint Jacques, dont je respecte la modestie, n’est peut-être pas l’esprit de Dieu suivant Jacob. Vivons honnêtement et du mieux qu’il nous est possible et laissons à nos sages, dont nous n’avons pas las vertus, le souci de s’entendre sur ces distinctions.

Charles Desolme.

[1sic

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