Par date

Petit courrier des théâtres

Le Figaro – Samedi 4 juillet 1868

La Grande-Duchesse de Gérolslein et sa joyeuse cour accomplissent leur tour de France, et partout elles font une abondante moisson d’applaudissements et d’écus.

Dans presque toutes les villes où passent les artistes parisiens, madame Ugalde à leur tête, on est obligé de donner deux représentations au lieu de la représentation unique promise par le programme de l’itinéraire.

A Tours, à Orléans, à Saumur, à Angers, succès étourdissant.

Le rôle de la grande-duchesse est chanté par madame Ugalde avec une crânerie nuancée de finesse. L’éminente artiste se surpasse elle-même et atteint la perfection du genre. D’autres chantent avec leur voix, d’autres avec leurs bras et leurs jambes. Madame Ugalde, ainsi que l’a dit M. Francisque Sarcey, chante avec son âme, et c’est l’âme d’une artiste.

Hittemans joue le général Boum ! On le trouve très amusant ; mais une lettre particulière nous apprend qu’il a failli s’attirer, à Tours, une mauvaise affaire.

Voici ce qu’on nous écrit de cette ville :

*
* *

Monsieur le rédacteur,

Un des comédiens qui accompagnent madame Ugalde dans sa tournée, a eu la maladresse, se trouvant enroué, d’adresser lui-même la parole au public et de lui dire :

– La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a !...

A Paris, cette cascade eût probablement diverti les spectateurs de l’orchestre. Ici, monsieur, on a salué par des sifflets l’acteur qui se permettait cette sotte plaisanterie. J’ai vu le moment où le public en masse allait se lever et partir.

Par bonheur, en présence de l’effet produit, M. Hittemans a daigné faire des excuses à mes compatriotes. La Touraine outragée a pardonné à ce comédien, et, à l’entrée de madame Ugalde, l’orage était calmé.

Agréez, etc...

D...

Par date
Par œuvre
Rechercher
Partager