Feuilleton du journal LE SOIR du 2 décembre 1873
La Jeanne d’Arc de M. Gounod à la Gaîté. – La Jolie Parfumeuse de M. Offenbach à la Renaissance. – M. Offenbach directeur, et M. Offenbach compositeur. – L’orchestre des Viennoises au Casino-Cadet. – Société des compositeurs de musique. Quatuors de MM. Luigini et Deloffre. – Deux nouvelles compositions de M. Georges Pfeiffer. – M. J.-J. Abert et son opéra : Astorga. – Les concerts Danbé.
Il appartient à mon confrère M. Claretie de donner ici son impression personnelle sur le beau drame que M. Jules Barbier a fait représenter à la Gaité, Jeanne d’Arc, dont le succès va croissant chaque jour. Je ne prétends point chasser sur ses terres, mais je veux dire quelques mots de la musique que M. Gounod a écrite sur ce drame, dont un accident m’avait empêché de voir la première représentation.
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Il y a bien loin de la Jeanne d’Arc de MM. Barbier et Gounod à la Jolie Parfumeuse de MM. Crémieux et Offenbach, que la Renaissance a représentée samedi dernier, devant une salle composée pour la circonstance. La Jolie Parfumeuse est une opérette en trois actes, qui réunit à peu près tous les défauts du genre sans en reproduire les quelques qualités. Le livret est d’une nullité qui échappe à la discussion et désarme la critique. Quant à la musique, ce sont toujours les mêmes lieux communs, les mêmes fredons guillerets et banals, les mêmes mélodies (?) triviales, accompagnées d’une harmonie malingre et soutenues par un orchestre si misérable, qu’on serait tenté de lui jeter un sou. Le public de la première représentation – un public trié, cependant – n’a pas pu, malgré sa bonne volonté, s’échauffer jusqu’à l’enthousiasme, et je doute fort que la Jolie Parfumeuse, malgré les attraits incontestables que lui prête l’aimable Mme Théo, fournisse une longue carrière. La pièce, si tant est qu’il y ait une pièce, est cependant bien jouée. A côté de Mme Théo et même un peu au-dessus il y a Mme Grivot, tout à fait charmante dans un rôle travesti, puis MM. Daubray et Bonnet, qui font tout leur possible pour être amusants. Mais... où il n’y a rien, les comédiens eux-mêmes perdent leurs droits.
J’en appellerai de M. Offenbach compositeur à M. Offenbach directeur. Quand on est artiste au point de monter une pièce avec tant de goût, tant de soin, tant de splendeur, que Jeanne d’Arc a été montée à la Gaîté, quand on fait autant de frais pour une œuvre mâle et littéraire, saine et élevée, quand on met au service de la musique d’un maître de tels éléments d’exécution, on renonce à en écrire de semblable à celle de la Jolie Parfumeuse, et surtout à l’écrire sur un pareil texte.
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Arthur Fougin.