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Théâtres

Le Figaro – Lundi 3 juin 1867

L’empereur de Russie assistait hier soir, avec ses deux fils, à la représentation de la Grande Duchesse, aux Variétés.

Sa Majesté avait expédié de Cologne une dépêche aux Tuileries, pour prier qu’on lui retint une loge à ce théâtre.

A deux heures, on vint prévenir M. Cogniard qu’il eût à réserver l’avant-scène impériale.

Ce ne fut pas sans peine que l’on arriva à rentrer en possession de cette avant-scène, car vous savez que toute la salle est louée chaque soir. Enfin, on y arriva.

C’est à neuf heures vingt-cinq que l’Empereur, le grand-duc héritier et le grand-duc Vladimir, se sont présentés au théâtre, accompagnés de M. Walsh, chambellan, et de M. de Bourgoing, écuyer de l’Empereur, attaché à la personne du czar. Le premier acte allait finir Dupuis expliquait son plan de campagne. Mais les couplets Voici le sabre de mon père, n’étaient pas encore chantés, et Sa Majesté et les deux princes ont beaucoup applaudi mademoiselle Schneider.

L’empereur et ses fils étaient venus dans une calèche à deux chevaux. Pendant le premier entr’acte, ils sont sortis de leur loge, ont passé devant le contrôle et sont allés se promener sur le boulevard, perdus dans le foule, où les passants ne soupçonnaient guère qu’ils coudoyaient l’empereur de toutes les Russies et les deux grands-ducs.

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Il y a, ce soir, aux Variétés, une représentation extraordinaire au bénéfice d’un conscrit de la classe de 1867.

Ce conscrit est le fils de M. Beauce, ancien artiste de l’Opéra-Comique.

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M. Eugène de Mirecourt, continuant ses histoires contemporaines, publie dans le même petit volume et sous la même couverture les biographies trop écourtées d’Auber et d’Offenbach.

Ces deux noms réunis résument à merveille l’esprit et le goût français en matière de musique.

Il y a dans l’oeuvre plus magistrale de M. Auber tels airs de ballet et de danse que l’auteur d’Orphée aux enfers voudrait pouvoir signer ; de même, dans les partitions plus légères de maître Offenbach se rencontrent de fines mélodies que le compositeur du Domino noir et de Fra-Diavolo voudrait avoir trouvées.

Pour tracer ces deux esquisses, l’ex-terrible Mirecourt a trempé ses griffes dans le miel.

Il ne nous apprend rien de bien nouveau sur la vie de ses deux personnages, et les anecdotes qu’il sème en courant sont presque toutes connues.

Si les commencements furent faciles pour Auber, fils d’un père riche, ils ont été hérissés d’épines et de cailloux pour Offenbach.

(...)

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Offenbach, lui, aura 43 ans le 21 juin courant.

Violoniste à cinq ans, compositeur à six, il apprit seul en six semaines à jouer du violoncelle, et fit à dix ans sa partie de basse dans un quatuor d’Haydn.

A douze ans, il était à l’orchestre de l’Opéra-Comique le collègue de Séligmann.

Mais citons le biographe :

« Nous le voyons débuter efficacement comme compositeur en 1839. Dormeuil père lui commande la musique d’un vaudeville de MM. Anicet Bourgeois et Brisebarre, intitulé Pascal et Chambord. Il sème dans cette pièce plusieurs morceaux délicieux de musique bouffe, chantés par Achard et par Grassot.

 » Offenbach est loin d’avoir dit son dernier mot. Il est jeune encore, intrépide au travail et plein d’avenir.

 » Une originalité dont rien n’approche, un entrain merveilleux, une gaieté persévérante et une verve à jet continu, voilà sans contredit le caractère de son talent musical. Chez lui l’inspiration folâtre n’exclut pas la sensibilité, ce qui a fait dire avec justesse à un journaliste de Berlin :

« La musique d’Offenbach a l’esprit français, mais elle conserve toujours le cœur allemand. »

Jules Prével.

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