Théâtres – Opéra-Comique : Reprise de Maître Wolfram. – Renaissance : La Jolie Parfumeuse.
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Mais, hâtons-nous de revenir aux choses sérieuses, je veux dire... à l’Opérette ! — L’Opérette, comme la faim,
Est une perte basse,
Et, par nécessité, lorsqu’il faut qu’il y passe,
Le plus grand est celui qui se courbe le plus.
En d’autres termes, entraînés par la fatalité des circonstances, à refaire, sous le nom de La Jolie Parfumeuse, ce qui fut le vieux vaudeville Louis XV, du temps de Villeneuve, de Théaulon et de Gabriel, deux auteurs de l’esprit le plus original, le plus distingué et le plus parisien n’ont pas hésité à accepter dans sa vulgarité la plus crue la donnée de ce vieux vaudeville, quitte à la relever et à la moderniser à force de verve, d’ingéniosité, de trouvailles heureuses, ce à quoi ils n’ont pas manqué ! Le jour même de son mariage avec Bavolet, Rose Michon, la jolie parfumeuse de la rue Tiquetonne est enlevée et, selon l’usage, passe la nuit dans la petite maison du financier la Cocardière.
Mais le financier ne lui a rien pris : au contraire il en a remis, comme le titi de la scène légendaire avait remis des billets de banque dans le portefeuille trouvé ; et Rose Michon sort de la petite maison, pure comme un lys. Pure comme un lys ! je faux [1] ; elle a bien été légèrement cueillie dans la nuit, mais par Bavolet en personne, par son propre mari, comme le veut une coutume qui, depuis Le Mariage de Figaro, a pris force de loi. La danseuse Brusambelle, dont Rose Michon a emprunté le maillot rose pour le bon motif, peut en toute sûreté se racommoder [2] avec son la Cocardière, et Bavolet sera le père de ses enfants, tout bêtement. Certes, ce scénario est usé comme la savate qu’un trouve au coin de la borne ; mais l’esprit, les mots, le charme du dialogue, le tour amusant et rapide que les librettistes lui ont donné sont nouveaux comme la première pâquerette et comme le premier rayon de soleil.
Quant à la musique du maestro populaire, c’est toujours la même musique éclatante de joie, rieuse, élégante, distinguée à sa manière et amoureuse du premier venu, qui le lui rend bien. Les deux chansons de Mme Theo, au premier acte, et le final chanté et dansé : Les uns vont en carrosse, les autres vont à pied, sont déjà populaires, et les orgues des rues jouent spontanément, sans y avoir été invités, le duo bouffe de Bavolet et de Poireau Qu’avez vous fait de ma femme ? et la lettre de Poireau demandant en mariage Mlle Briscambille. Bonnet représente très comiquement ce Poireau ; Mme Fonti est une belle Clorinde ; Mme Grivot un Bavolet délicieusement chiffonné, et quant à Mme Théo, on a déjà épuisé pour elle toutes les formes du madrigal, et il ne tiendrait qu’à elle de se voir belle comme Alaciel et de croire qu’elle a du génie. On lui a fait une gloire de a de commande, improvisée sur mesure dans les vingt-quatre heures, et dont cependant il ne faut pas tout rabattre ; car Mme Théo est charmante, pleine de grâce, a une jolie voix et dit spirituellement : elle aurait peut être mérité qu’on la laissât devenir célèbre sans y être forcée.
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Théodore de Banville.