Opéra-Comique : Reprise de Maître Wolfram, paroles de Méry, musique de M. Reyer. – Renaissance : La Jolie Parfumeuse, opéra-comique en trois actes de MM. Blum et Crémieux, musique d’Offenbach (...).
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La Jolie Parfumeuse est l’histoire d’une mariée qu’un jeune époux imprudent confie à un parrain pour la conduire au nouveau domicile dont il lui prépare la surprise, et que le parrain coupable cherche à confisque à son profit. La jeune et vertueuse commerçante, qui, de tous les parfumes qu’elle a vendus, a gardé le droit de conserver celui de la fleur d’oranger, s’aperçoit bientôt qu’elle est trahie : mais lorsque son époux vient la réclamer chez le dépositaire infidèle, elle prend alors le parti le plus extraordinaire et le plus inattendu.
Au lieu de lui dire tout simplement qu’on a voulu la violenter, elle met des habits riches et se présente au nouveau marié comme une fantaisiste pensionnaire de l’Opéra, Bruscambille, une danseuse provençale ressemblant trait pour trait, – voyez le hasard, – à la jeune mariée, et l’une des habitués de la petite maison du parrain. Toute l’explication tion [1] donnée du choix de ce bizarre stratagème est que Rose Michon (la jolie parfumeuse) a entendu dire à son mari qu’il mourrait de chagrin s’il était trahi, ce qui ne l’empêche pas de se consoler.
Babolet [2], le jeune marié, qui devrait être fort préoccupé de sa femme, dont il ne peut s’expliquer la disparition, ne la reconnait pas dans le Sosie féminin, sa rivale, et se console avec la ressemblance. C’est l’infidélité par à peu près.
Pendant ce temps, une danseuse de l’Opéra, déjà en comptes anciens avec le banquier de La Cocardière, la parrain de Babolet [3], prend dans la nuit la place de Rose Michon dans le rendez-vous où le parrain séducteur comptait trouve sa belle filleule, et un troisième larron, le coureur du banquier, se trouve en conversation criminelle avec une danseuse subalterne qu’il croit être Bruscambille. La toile baisse donc, au deuxième acte, sur un triple rendez-vous, un brelan de... légèretés.
Le troisième acte est consacré à la liquidation assez laborieuse des aventures de la nuit pour les trois couples fourvoyés, et à un noviciat de banquier qui, en venant chercher chez Rose Michon de doux souvenirs, est soumis par elle à un apprentissage des plus fatigants dans la profession de parfumeur.
Enfin arrivent les éclaircissements qui auraient dû ne jamais être nécessaires, et Rose Michon pardonne à Babolet [4], seul coupable en résumé, d’avoir escompté sa nuit de noces au profit de ce qu’il croyait une infidélité. Babolet [5] devvra être bien heureux que son premier enfant soit légitime.
Cette pièce, plus que risquée, a paru beaucoup amuser le public de la Renaissance. Elle attirera sans doute la clientèle spéciale d’Offenbach, qui y a jeté à profusion ces paillettes musicales dont il a le secret.
A huit jours de distance, il est difficile de se rappeler les morceaux qui ont le plus frappé le public très prédisposé à l’enthousiasme.
Les couplets d’entrée de Rose Michon ; un duo des deux amoureux ; une chanson de Bruscambille, voilà ce qui surnage de plus lumineux dans l’ombre de la mémoire à la surface de cette partition phosphorescente. On a crié justement, à la plupart des morceaux de la Jolie Parfumeuse, bis. Peut-être y a-t-il seulement à regretter qu’Offenbach, un peu sous l’écho de ses anciennes inspirations, se le soit dit à lui-même.
Daubray est fort gai dans le rôle du parrain mystifié et du banquier aux non-valeurs. Le gros comique de M. Bonnet ne me divertit guère ; mais Mme Grivot est de tous points gracieuse en Babolet [6] : Impossible d’arriver à un effet plus agréable à force de mesure et de tact à conduire la voix – qu’on n’a pas.
Quant à la jolie Mme Théo, sur qui était basé tout le succès de la pièce, une annonce est venue prévenir le public qu’elle était encore atteinte de l’indisposition qui l’a tenue assez longtemps éloignée du théâtre, et qu’elle réclament l’indulgence.
S’il est réel que la parole généralement ait été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée, on peut le dire en particulier pour les annonces de théâtre. Il n’y a jamais de voix plus pure et plus mélodieuse que le plus souvent celles que l’on veut faire croire fatiguées. Eh bien, cette fois, il faut le dire, l’annonce, tristement réhabilitée, était une vérité ; Mme Théo a chanté des yeux, des bras, des épaules, excepté du gosier. Mais rien de tout ce qu’on peut montrer de charmant ne dispense de montrer du talent.
Espérons que depuis la première représentation, Rose Michon se se retrouvée Pomme d’Api.
M. Troy a très bien dit un air qui compose tout son rôle de domestique, air qui tient si peu à l’action, qu’on aurait pu, à la rigueur, le chanter dans un entr’acte, – si occupés que paraissent les entr’actes dans la pièce nouvelle.
La Jolie Parfumeuse, d’abord annoncées opérette sur l’affiche de la Renaissance, s’est ensuite intitulée opéra comique, un peu comme la monarchie se dit République avec le gouvernement de la prorogation. La dénomination nouvelle, c’est l’amendement – Depeyre d’Offenbach.
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Paul Foucher.