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La Soirée Théâtrale

Le Figaro – Jeudi 11 mars 1875

Il faudrait commencer cette soirée comme un bulletin de bourse par cette simple ligne :
– Une légère tendance à la baisse s’est manifestée sur le marché.

Le fait est que les recettes ne sont plus aussi généralement brillantes qu’il y a quelques semaines.

(…) La Gaîté est comme l’Opéra : elle se ressent à peine de l’influence atmosphérique et Geneviève de Brabant a attiré un nombreux public qui préfère aux douceurs du bock en plein air les merveilles de la décoration et de la mise en scène.

Et, à propos de mise en scène, permettez-moi de vous parler d’un truc nouveau que vient de découvrir Offenbach et qui fait le plus grand honneur à son imagination. Ce truc, le spectateur ne le voit pas, il ne fonctionne que dans la coulisse et, pourtant, ce n’est pas un de ceux qui contribueront le moins à la fortune du théâtre. Voici en quoi il consiste :

Quand le directeur est à son théâtre, grâce à la crainte salutaire qu’inspire sa présence, tout marche comme sur des roulettes, rien ne cloche, chacun est à son poste et s’acquitte de son rôle avec le zèle le plus irréprochable. Mais le malheur est que le directeur ne peut pas être toujours à son théâtre. Lui aussi, après avoir surveillé nuit et jour les mille détails d’une pièce aussi importante, il éprouve certains soirs le besoin de goûter un peu de repos et d’aspirer un peu d’air frais.

Ces soirs-là, il s’agit de dissimuler son absence. Personne ne doit s’en douter, de façon à maintenir la discipline sévère qu’il a établie dans son théâtre.

Exemples :

Pendant l’acte de la forêt, Perret et Angèle babillent un peu haut dans leur chaumière.
– Sapristi ! s’écrie Baudu qui passe, on ne peut cependant pas être partout… Je viens encore d’être attrapé…
– Par qui ?
– Eh ! par le patron…
– Tiens, il y est donc ?
– Certainement. Il vient de monter à son cabinet.
– Et le bavardage bruyant se fait murmure.

Plus loin, Vizentini traverse effaré un groupe de figurants qui se disputent.
– Qui a vu la canne d’Offenbach ? crie-t-il ? Il la cherche partout. Où est la canne ?

Et les disputent cessent comme par enchantement.

Même jeu de la part de Taigny au foyer de la danse.

Pour tout le personnel, le commandant en chef est à son poste, et chacun des officiers qui le remplacent peut se dire en toute sécurité :

« L’ordre, j’en réponds ! »

UN MONSIEUR DE L’ORCHESTRE.

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