A propos d’Orphée, une anecdote racontée par M. Sarcey :
Halévy était en train de travailler à cette pièce avec son ami Hector Crémieux, et ils en avaient bâti le scénario, quand il advint dans les conseils du gouvernement qu’on décida la création du ministère de l’Algérie. Halévy fut nommé secrétaire général ; c’était une fort belle place et qu’il accepta volontiers. Il avertit son collaborateur que les exigences de sa position nouvelle lui interdisaient de se mêler désormais aux choses de théâtre, qu’il se retirait donc de l’opérette commencée et lui abandonnait tous ses droits. Crémieux ne l’entendit point ainsi, il déclara qu’il finirait seul Orphée, et le mettrait en scène, mais qu’il réserverait à son ex-collaborateur une part des droits d’auteur
— Un huitième, si vous voulez, au lieu d’un quart.
— Arrangez la chose comme il vous plaira, répondit Halévy. Cela n’a aucune importance.
— Cela n’en a aucune en effet.
Six mois après, le ministère de l’Algérie était supprimé, Halévy reprenait sa plume d’écrivain : ce passage à travers les grandeurs du fonctionnariat, me disait un de ses amis, lui a déjà coûté près de vingt-cinq mille francs et finira par lui en coûter quarante mille.
Notre correspondant Florentin nous rend compte d’une scène qui n’était pas dans la pièce, et qui eut lieu l’autre soir au théâtre du Prince-Humbert, à Florence. On jouait donc I Lombardi de Verdi, et la salle était presque pleine, lorsque après le deuxième acte et au moment où le public attendait le ballet, les musiciens prirent tout à coup leurs instruments et quittèrent le théâtre. (...) Enfin ce ne fut que lorsque le sentiment de la vengeance fut assouvi par la destruction de tout ce qui avait pu tomber sous la main du public – y compris les lustres, que l’ordre fut rétabli par une compagnie de carabiniers comme dans les Brigands...
Gustave Lafargue.