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Premières représentations

Le Figaro – Lundi 17 août 1874

Gaîté. – Le Royaume de Neptune, troisième acte nouveau d’Orphée aux Enfers, musique de J. Offenbach.

Il y a environ six semaines, Offenbach était à table en famille, l’air triste, ne mangeant pas et en proie à une grande préoccupation.

— Tu souffres, papa ? lui demanda une de ses charmantes filles.

— Non, répondit-il un peu sèchement.

La vérité, c’est que, la veille, Orphée n’avait fait que 5,200 francs, et Jacques n’admet qu’un chiffre : 8,000 francs.

Le dîner touchait à sa fin – et il n’avait pas été gai, lorsque la physionomie du maestro devint souriante ; – qu’on apporte la soupe dit-il, j’ai faim, je veux manger... et tout bas : j’aurai mes huit mille.

En moins d’une heure, Offenbach avait combiné le troisième acte d’Orphée que nous avons vu hier. – Quant à la musique, c’était la moindre des choses, il l’écrivit en trois jours après avoir vu les décors sortis de son imagination et admirablemement brossés par M. Froment.

Il convoqua dessinateurs, peintres, machiniste, costumiers, maître de ballet, et après avoir donné à chacun ses instructions il partit mystérieusement pour l’Italie choisir des danseuses et une étoile.

Le Royaume de Neptune est un tableau musical en dix transformations avec ballets.

Vous raconter ce que les yeux voient est impossible ; on serait au-dessous de la vérité : c’est un éblouissement.

Décors et costumes ne sont pas seulement merveilleux, mais aussi artisteques.

Un mot sur la nouvelle petite partition qui est pleine de grâce et de fraîcheur.

L’orage est une vraie symphonie avec tous ses développements ; c’est le morceau qui m’a le plus frappé.

Pendant qu’on est au fond de la mer, j’ai remarqué un motif joué par le cor et repris ensuite par tous les violons, qui est d’un très bel effet.

Les airs de danse sont endiablés et de cette bonne marque J. O. que tout le monde veut contrefaire sans y réussir. L’inventeur a pris un brevet pour la France et l’étranger.

Charmantes danseuses italiennes ou françaises, ça m’est égal.

Mlle Christina Roselli est une jeune enfant de 16 ans, gentille, dansant effarouchée comme une rosière qui se trouverait par surprise sur un théâtre.

Quant à Mlle Fontabello qui a eu le succès de la soirée, quelle fougue, quels yeux ! C’est bien l’italienne avec tous ses emportements et du feu dans les veines.

Jolis ballets réglés par M. Fusch ; orchestre toujours bien discipliné par la main de fer de M. Albert Vizentini, costumes de Grévin, machines de Godin. – Je crois avoir nommé tout le monde.

Es-tu content, mon... maestro ? tu les tiens encore, tes huit mille, et pour longtemps.

Gustave Lafargue.

(...)

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